Le ton monte dans le procès de la télé-réalité. Des accusations de corruption sont lancées, aussitôt combattues.
Le contentieux de la télé-réalité tourne au vinaigre entre TF1 et Me Jérémie Assous, l’avocat des candidats de L’Île de la tentation. Le 4 janvier, les parties avaient rendez-vous devant la cour d’appel de Versailles pour une audience qui fut assez musclée. Mais c’est en marge des prétoires que l’affaire prend un très vilain tour. Se disant lassé des manoeuvres de TF1, Me Assous nous a contactés pour relater la teneur d’une tentative de médiation qui s’est tenue en 2007, au siège d’Endemol, rue Torricelli, à Paris, à l’initiative de Virginie Calmels. Ce jour-là, la patronne d’Endemol joue les amiables compositrices et réunit dans son bureau Me Assous et Sébastien Frapier, le directeur des affaires juridiques de TF1. Il s’agit de trouver un terrain d’entente pour indemniser les candidats de L’Île de la tentation et arrêter ainsi les procès en cours. TF1 et Virginie Calmels confirment les faits jusqu’ici.
Me Assous accuse aujourd’hui Sébastien Frapier d’avoir tenté de le corrompre. « Il m’a proposé 500.000 euros pour que j’abandonne mes clients en me faisant miroiter la perspective que le groupe TF1 aurait certainement besoin d’un jeune avocat. Mais pour qui me prenez-vous ? lui ai-je répondu. Virginie Calmels, qui, toujours selon ses dires, ne s’attendait pas à cela de la part de TF1, se serait également mise en colère. » Devant le refus de Me Assous, Frapier aurait alors brandi la menace d’un contrôle fiscal et promis à l’homme de loi quelques ennuis avec l’Ordre des avocats. Bref, après la carotte des 500.000 euros, le bâton… « Il se trouve que j’ai eu un contrôle fiscal par la suite, mais aucun redressement à la clef », ajoute Me Assous, conscient des graves accusations qu’il porte, tardivement, contre la partie adverse.
Endemol gênée aux entournures
« Les accusations de Me Assous quant aux menaces dont il aurait été destinataire, ainsi que la tentative de corruption dont il se dit victime, sont inadmissibles, répond la direction de TF1, contactée par Le Point.fr. Elles procèdent d’un discours parfaitement mensonger inhérent à sa stratégie de communication, à laquelle nous sommes habitués depuis l’origine de cette affaire en 2005. Si Me Assous devait confirmer ses propos, nous en tirerions alors toutes les conséquences sur le plan judiciaire. » Contactée par Le Point.fr, Virginie Calmels, qui est le témoin principal de l’entrevue litigieuse, se réfugie derrière un prudent « no comment ». Et pour cause : d’un côté, elle a eu la prescience de transiger dès le début des ennuis avec Me Assous et ne souhaite pas ouvrir une querelle avec cet avocat pugnace ; de l’autre, TF1 est son principal client, et il est hors de question qu’elle tienne des propos embarrassants.
Bien sûr, la question qui vient à l’esprit est : pourquoi ce déballage survient-il aujourd’hui ? Pourquoi Me Assous n’a-t-il rien dit à l’époque ? Il espérait que TF1 finisse par reconnaître ses torts juridiques et accepte de signer des chèques importants à ses clients, sachant que sa propre rémunération obéit à un pourcentage sur ces sommes. Plus spécifiquement, Me Assous est assez fâché par une série d’événements récents. Les derniers pourparlers engagés entre lui et Me Olivier Metzner, représentant de TF1, ont échoué. L’indemnisation proposée par la chaîne était encore trop faible à ses yeux.
TF1 consent de 5.000 à 27.000 euros
En outre, l’avocat des candidats a eu la mauvaise surprise de découvrir, à l’ouverture de l’audience devant la cour d’appel qui s’est tenue le 4 janvier, qu’il n’avait plus 58, mais 57 clients. En effet, TF1 a réussi à passer directement, sans qu’il l’ait vu venir, un accord avec l’un des anciens candidats de L’Île de la tentation. « Ils ont profité que cet homme sortait de prison pour lui proposer 5.000 euros, précise-t-il. Vous imaginez bien que, sortant de prison, il n’a pas fait la fine bouche. TF1 a profité de sa détresse. »
La chaîne précise qu’elle se situe « toujours dans une démarche amiable ». « Il est d’ailleurs, dans cette perspective, toujours proposé aux anciens participants de renoncer à leurs recours, en contrepartie d’une indemnité. Me Assous est peut-être embarrassé par cette démarche. Mais rien n’interdit à deux parties à une procédure de négocier directement, c’est-à-dire en dehors de l’entremise de leurs avocats », affirme TF1. Du reste, les trois candidats de L’Île de la tentation dont le procès est à l’origine de l’arrêt de la Cour de cassation qui a reconnu leur contrat de travail ont tous accepté une transaction avec TF1 : 27.000 euros chacun. Les juges de la cour d’appel rendront, quant à eux, leur verdict le 5 avril prochain. Les candidats ont réclamé 400.000 euros chacun. Il sera alors intéressant de comparer les montants d’indemnisation donnés par les juges avec ceux que TF1 a consenti à verser aux partisans d’une résolution à l’amiable.