Des pressions exercées par les Etats-Unis aux réticences chinoises en passant par les propos irritants des Allemands, récit d’une réunion ordinaire des ministres des finances du G20.
La rédaction du communiqué final que les ministres des finances du G20 publient à l’issue de leur réunion ne va pas de soi. Si le travail est fait en amont par leurs conseillers directs (les Sherpas) pour déblayer le terrain, les ministres apportent une dernière touche lorsqu’ils se réunissent effectivement. Et la rencontre de Washington, jeudi soir et vendredi matin, n’a pas échappé à la règle. Le texte diffusé vendredi vers 13 heures a été, dit on dans les couloirs, fortement influencé par la position des Etats-Unis. N’est pas la première puissance économique mondiale qui veut !
Propositions inversées
Dans un premier temps, le premier paragraphe du texte envisagé commençait par décrire une situation conjoncturelle peu réjouissante. « La croissance globale a continué d’être faible et le chômage reste trop élevé dans bon nombre de pays ». Le deuxième paragraphe indiquait que « l’économie mondiale a évité des risques majeurs et les conditions des marchés financiers continuent de s’améliorer ». A la demande des Américains, les propositions ont été inversées. « Ils préféraient commencer par une déclaration plus positive », témoigne un proche du dossier.
Washington a également imposé la disparition d’une phrase mentionnant que « les stratégies budgétaires devaient conduire à une baisse du ratio d’endettement public rapporté au Produit Intérieur Brut ». Et ces stratégies devaient être mise en place autour de 2016. Exit toute référence à une date précise et à un quelconque engagement de réduction effectif de la dette publique. « Washington ne veut en aucun cas entendre parler de contrainte et d’objectif chiffré sur ce plan et privilégie avant tout la croissance et le soutien à la croissance. Le reste suivra », indiquait ce témoin. Tout juste ont-ils accepté de rediscuter du sujet au Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de Saint-Pétersbourg. Barack Obama tranchera donc. Sur ces sujets budgétaires, il semble que l’Allemagne a quelque peu abandonné le terrain.
Les Chinois traînent les pieds concernant la transparence
Au point de vue de la lutte contre la fraude et l’évasion fiscale, les Chinois ont trainé les pieds. Pékin n’est guère en faveur d’une transparence totale concernant leur place financière et leurs banques de Hong Kong. C’est du moins l’impression qui en est ressortie.
Si l’Allemagne n’a pas bronché sur l’aspect budgétaire, son ministre des Finances a quelque peu irrité ses confrères européens. Dans un entretien au magazine allemand WirtschaftsWoche à paraître lundi, mais dont des extraits ont été publiés dès vendredi, Wolfgang Schaüble dit qu’il verrait d’un bon oeil une action de la Banque Centrale Européenne (BCE) pour réduire les liquidités en circulation dans la zone euro. « Il y a beaucoup d’argent sur le marché, selon moi trop d’argent ». « Si la BCE essaie d’utiliser sa liberté d’action pour réduire un peu cette grande quantité de liquidités, je ne pourrais que le saluer », a-t-il ajouté. Un point de vue qui a suscité un rappel à l’ordre de Mario Draghi, le président de la BCE, qui a rappelé que l’institution qu’il préside était « absolument indépendante ». A l’heure où la zone euro est en pleine récession, comme le prévoit le Fonds Monétaire International dans ses perspectives, l’évocation d’un retournement de la politique monétaire de la BCE semble pour le moins prématuré.
Olly Rehn agacé
Quant aux pressions américaines sur les Européens pour qu’ils lâchent du lest dans leur stratégie d’austérité budgétaire, Olly Rehn, commissaire européen aux affaires économiques et monétaires s’est agacé. « Nous avons reçu beaucoup de conseils ces derniers jours sur le rythme de l’ajustement budgétaire en Europe. Eh bien, je vais vous livrer un secret: le rythme de l’ajustement budgétaire en Europe s’est déjà ralenti depuis l’an dernier », a-t-il assuré. Les efforts de réduction des déficits et de l’endettement représentent quelque 0,75% du Produit intérieur brut de la zone euro, a-t-il expliqué, soit la moitié de ce qu’ils étaient l’an dernier. Surtout, l’ajustement budgétaire aux Etats-Unis est bien plus important et devrait représenter quelque 1,75% du PIB du pays cette année, a-t-il encore expliqué. Bref, une fois de plus, l’Europe s’est énervée d’être tant montrée du doigt sur ce sujet précis.