Je comprends l’envie de montrer que même sous Windows, on doit parfois passer par la ligne de commande. Il t’a fallu des années pour passer de Windows à Linux, preuve que tu as investi du temps, de la curiosité, et une vraie volonté d’autonomie.
Mais justement — le débat n’a-t-il pas commencé parce que certains, en toute ingénuité, affirmaient qu’il fallait « passer à Linux » à cause de ces satanés comptes Microsoft ?
À quel moment est-il honnête de croire que la majorité des gens, qui ont déjà du mal à comprendre les bases de Windows, vont s’orienter vers un nouvel OS, avec une logique différente, une documentation éclatée, et une exigence d’autonomie technique ?
Or, Linux en desktop n’a jamais eu — et n’a pas aujourd’hui — cette vocation universelle. Il excelle dans certains usages, pour certains profils, mais il ne prétend pas remplacer Windows pour l’ensemble des utilisateurs, notamment ceux qui ne veulent ni lire des tutos, ni comprendre les dépendances, ni gérer des logs.
Ce n’est pas une critique de Linux, c’est une critique du fantasme de substitution.
- Linux n’est pas un produit de masse, c’est un écosystème d’initiatives. Il n’a pas de marketing centralisé, pas de support unifié, pas de promesse de simplicité universelle.
- L’exigence d’universalité est paradoxale : certains affirment que « Linux, c’est simple ». Mais dans les faits, ce n’est pas si simple que ça
- La critique du terminal est un faux débat : ce n’est pas la ligne de commande qui est en cause, mais le niveau d’autonomie que l’utilisateur est prêt à assumer.
En somme, ce n’est pas Linux qui est trop complexe — c’est le discours qui exige qu’il soit simple pour tous, sans jamais reconnaître que l’autonomie technique a un coût cognitif. Et ce coût, certains l’assument, d’autres non.
Exemple concret : je veux monter un PC pour mon neveu de 11 ans. Il joue à Fortnite, il est vif, volontaire, et croit qu’il « hacke » un jeu quand il installe un mod.
Or, Fortnite ne fonctionne pas sous Linux — du moins pas en mode natif, à cause de l’anti-cheat. Et soyons clairs : je n’accuse pas Linux, mais bien la politique d’Epic Games. Ce sont eux qui bloquent l’exécution.
Mais le résultat est le même : je commence à lire des dizaines de pages pour me renseigner. Du temps perdu. Aucune envie de bricoler des solutions alternatives, probablement foireuses, juste pour qu’un gamin puisse jouer à un jeu populaire sans frustration.
Et la solution GeForce NOW ? Oui, elle existe. Mais c’est un pis-aller : dépendance au cloud, latence, qualité fluctuante, et surtout une logique de streaming qui dénature l’expérience locale. Ce n’est pas une vraie solution, c’est un contournement.
Et pour finir, juste un détail révélateur : Installer Steam sur Fedora ? Ligne de commande, direct. Rien de grave, mais ce n’est pas très « friendly » pour un gosse de 11 ans qui ne veut pas devenir informaticien.
Quant à l’exemple de mon neveu — Il est trop « spécifique » (disons ça comme ça). pour servir de base au débat. Il veut pouvoir jouer à Fortnite sur son temps de jeu autorisé par ses parents durant la semaine. Ce n’est pas un profil technique, ni un utilisateur autonome.
Son cas n’est donc pas valable pour juger de la pertinence de Linux en desktop.
Reste alors la vraie question : est-ce que Linux est une alternative simple pour les gens qui veulent juste faire de la bureautique, regarder des vidéos sur YouTube, ou lancer Kodi ?
Là, oui — à condition que l’installation soit bien faite, que les codecs soient présents, et que personne ne cherche à installer un logiciel un peu hors norme. (Et quand je dis « hors norme », ça commence dès qu’on parle d’applications comme Parsec, pour rappel.)
Mais ça, c’est une autre discussion. Et elle mérite mieux que des injonctions idéologiques.
P.S. Je suis un geek depuis l’époque des CPC. J’ai grandi avec les machines, les lignes de commande et les bidouilles. Je ne décourage personne de se pencher sur l’informatique — bien au contraire, c’est une vraie joie pour moi de voir quelqu’un s’y intéresser. Mais je refuse de pousser quelqu’un à « bachoter » juste pour suivre une injonction du type « passe sous Linux, c’est simple ».
Quand on me demande un chemin, je n’ouvre pas une porte qui donne sur une corde raide, alors que la personne voulait juste aller se balader.
Si quelqu’un me dit « Apprends-moi Linux », je le fais avec plaisir. Vraiment. Mais il faut que petit scarabée soit prêt.