Alors, je ne remets pas en cause votre point de vue, mais j’aimerais simplement le nuancer.
Je ne pense pas que les trois quarts des jeunes d’aujourd’hui refusent de s’instruire, de réfléchir ou d’expérimenter. En tant que jeune moi-même, je crois plutôt que c’est la manière d’apprendre qui a évolué : elle est devenue plus directe, plus adaptée à notre époque.
Par exemple, lorsque j’ai voulu passer de Windows 10 à Linux Mint Cinnamon 22.1 (puis à Fedora Workstation), je n’ai pas ouvert un manuel ni suivi un cours. J’ai regardé des tutoriels sur YouTube. Et quand j’ai eu un problème avec le BIOS, j’ai posé ma question à Claude Sonnet plutôt que d’attendre trois ou quatre jours une réponse sur un forum.
Ce n’est pas par impatience ou paresse : c’est simplement une autre façon de chercher, plus rapide, plus interactive.
Il est vrai qu’à votre époque, vous preniez davantage le temps de faire les choses. Mais il faut replacer cela dans son contexte : vous n’aviez pas d’autres moyens.
De la même manière, dans la Grèce antique, on enseignait l’art oratoire et la mémoire : les élèves apprenaient à retenir de longs discours, car tout passait par la parole. Puis, avec l’invention du papier, cette pratique a décliné : les gens se sont mis à écrire, à déléguer une partie de leur mémoire à ce nouveau support.
Les outils changent, les méthodes aussi. Je suppose d’ailleurs que vous utilisez un smartphone pour communiquer, plutôt qu’une feuille et un stylo ? Les temps évoluent, c’est tout.
Votre génération étudiait différemment des Grecs, et la nôtre diffère de la vôtre. Mais cela ne veut pas dire que nous sommes des cancres.
Quintilien disait : « Il faut aimer ce que l’on enseigne, si l’on veut le faire aimer à ceux à qui on l’enseigne. » Autrement dit, il faut susciter le goût d’apprendre, pas simplement transmettre du savoir.
Personnellement, j’apprends davantage en regardant d’anciennes vidéos de Vilebrequin sur la mécanique ou l’automobile (même longues de 20 ou 30 minutes) qu’en restant une heure sur un cours purement théorique et peu passionnant.
Ce qui me dérange un peu dans votre message, c’est l’idée implicite que parce que nous étudions différemment — ou que nous cherchons à optimiser notre temps — nous serions forcément fainéants ou désintéressés.
C’est peut-être vrai pour une minorité, disons un quart des élèves, mais sûrement pas pour la majorité. Certains apprennent en relisant plusieurs fois un cours pendant quatre heures ; d’autres comprennent mieux en visualisant des schémas, en trente minutes.
Selon votre logique, ceux qui retiennent plus vite grâce à une mémoire visuelle seraient des paresseux ? Je ne crois pas. Chacun adapte sa méthode à sa manière de comprendre.
Il ne faut pas dénigrer une méthode d’apprentissage parce qu’elle ne ressemble pas à la nôtre. Bien sûr, tout n’est pas parfait avec les nouvelles technologies ou l’intelligence artificielle : ChatGPT ou Claude demandent un vrai savoir-faire pour être utilisés efficacement.
Mais ces outils ne remplacent pas la réflexion ; ils la prolongent autrement.