Mains baladeuses à la photocopieuse, étreintes appuyées, baisers volés, demandes de fellations? Les vingt années de déviance de Jean-Claude T., 55 ans, cadre bancaire au CIC de Lagny-sur-Marne, se sont conclues par son licenciement en juillet dernier et sa mise en examen pour agression sexuelle, hier.
L?homme avait été placé en garde à vue, mardi après-midi, au commissariat de Lagny-sur-Marne, à la suite de la seule plainte de ses nombreuses victimes.
Jean-Claude T. a tenté à deux reprises d?embrasser et de caresser les parties intimes d?une employée de 32 ans, en juillet dernier. L?année dernière, il avait reçu une gifle d?une jeune salariée qu?il avait tenté d?embrasser, à l?agence de Thorigny-sur-Marne.
Protégé par sa hiérarchie ?
Jean-Claude T., marié et père de deux enfants, est entré au CIC en 1976. Dès 1992, sa hiérarchie a connaissance d?une première agression sexuelle, où il sort son sexe devant une employée. Il aura fallu attendre vingt ans et une plainte pour que le CIC licencie Jean-Claude T., qui secondait le responsable de l?agence de Lagny. « Il a été protégé par sa hiérarchie, estime une salariée. C?est un homme compulsif, vicieux. Tout le monde savait. » Une responsable d?agence juge qu?il était « un bon professionnel ». « Mais les jeunes employées dont il s?approchait étaient choquées. Son licenciement est un soulagement. »
Dans ce dossier, pourquoi une seule plainte? « Les femmes avaient peur pour leur évolution de carrière. Certaines nouvelles embauchées démissionnaient ou demandaient une mutation pour le fuir », confie une source proche du dossier. Au-delà de trois ans, les agressions sexuelles sont prescrites et l?enquête ne recense pour le moment qu?une seule victime ? celle qui a déposé plainte.
En mai 2004, le directeur régional Seine-et-Marne du CIC s?interroge sur le cas de Jean-Claude T. dans un mail adressé au DRH de l?époque : « Je suis persuadé que ce comportement n?est pas anecdotique. A-t-il encore sa place chez nous? Dois-je l?inciter à nous quitter? Les faits mais aussi la situation sont très graves compte tenu des antécédents, à au moins deux reprises, il y a dix ans et il y a trois-quatre ans. Cette fois, cela concerne de jeunes embauchées, ce qui est d?autant plus inadmissible. Je lui ai indiqué qu?il devait s?abstenir de tout contact susceptible d?aggraver sa situation en intervenant auprès des collaboratrices. »
Pourquoi, alors, ce prédateur sexuel n?a pas été renvoyé dès 2004? Au siège du CIC-Est, à Strasbourg, qui gère 3500 salariés, on se contente de ce commentaire : « Nous avons agi comme il fallait à chaque étape de ce dossier qui a été normalement traité. Nous avons pris nos responsabilités. En droit du travail, nous avons besoin de preuves, pas de rumeurs. » Les supérieurs de Jean-Claude T. connaissaient pourtant ses obscénités dénoncées en interne par les victimes.
Hier matin, au CIC de Lagny-sur-Marne, on restait silencieux sur l?affaire. A l?accueil, une jeune employée rougit et semble gênée à la simple évocation du nom de son ancien supérieur. Un responsable tranche : « Nous ne communiquons pas là-dessus. »
Quant au mis en cause, il croise tous les jours l?une de ses victimes au marché de Lagny-sur-Marne. Laquelle décrit un homme « fier et serein », dénonçant à qui veut l?entendre une « cabale » menée contre lui.