Il y a un an, on vous parlait de la sisa, nouvelle drogue de synthèse ultra bon marché qui ravageait tout un quartier d?Athènes. Depuis, les choses ont pris des proportions alarmantes.
Le produit est toujours aussi mal connu des pouvoirs publics et personne ne sait tracer précisément son origine (Iran ? Afghanistan ? Irak ?). Personne ne sait même d?où vient exactement son nom.
Dérivée de la méthamphétamine, la sisa se compose en partie de liquide de batterie et de détergent. Elle se fume avec une pipe, se sniffe ou s?injecte.
Ses effets sont désastreux sur la santé des consommateurs : d?après l?Observatoire national des drogues, trois mois de sisa équivalent à dix-huit mois très intensifs d?injections d?héroïne. Dans les rues d?Athènes court le bruit qu?on n?y survit pas plus d?un an.
« Tu peux tuer un homme et ne pas réaliser »
La drogue provoque des insomnies, des attaques cardiaques, d?impressionnantes décharges d?agressivité.
« Tu peux tuer un homme et ne pas le réaliser », lâche un consommateur « perché, gueulant à un feu rouge », rencontré en mars 2003 par l?équipe du magazine Vice sur le tournage d?un documentaire hallucinant : « Sisa, la cocaïne des pauvres » (voir les vidéos ci-dessous).
« Quand je connais pas le dealer, il m?en file à deux euros. Quand je le connais, c?est un euro. »
Dans ce documentaire (note: voir sur le lien), Haralambos Poulopoulos, directeur du KE.O.EA ? organisation anti-drogue créée par le gouvernement ? explique que « la principale raison de la montée de la sisa est le changement de comportements des consommateurs de drogue pendant la crise ».
« Ils sont davantage autodestructeurs. On a 27% de chômeurs. 62% d?entre eux ont moins de 25 ans. Nous n?avons pas encore passé la crise. Nous sommes en plein dedans. »
« Il n?y a plus de campagne anti-drogue »
La crise, les coupes budgétaires grecques, et les problèmes de logement jettent toujours plus de Grecs dans la rue. Les premiers consommateurs de sisa sont les jeunes urbains précaires, souvent SDF.
Le fléau touche aussi toute une faune de migrants échoués à Athènes. La Grèce étant un point d?entrée privilégié de l?immigration en Europe, elle est devenue un centre d?accueil à ciel ouvert.
Il y a un an déjà, Christina Psarra de Médecins du Monde à Athènes s?alarmait du recul des pouvoirs publics grecs :
« Dans un effort de centraliser les services sanitaires et sociaux, le nombre de travailleurs sociaux, notamment liés à la réduction des risques en toxicomanie, a dramatiquement diminué. En ce contexte de crise, il n?y a plus de campagne anti-drogue. »
La seule solution envisagée par les autorités grecques et rapportée par Vice est le déplacement des junkies hors de la ville.