Depuis 1971 et la fin de l’étalon-or, aucune monnaie n’est adossée à quoi que ce soit. Le dollar n’est convertible en rien. Un euro vaut un euro parce que l’État l’impose comme cours légal, exige tes impôts dans cette monnaie, et que tout le monde l’accepte par convention. C’est tout. Sa valeur, c’est de la confiance et de la contrainte, pas un stock d’or dans un coffre.
Une monnaie a besoin de propriétés : rareté, divisibilité, acceptation collective. L’or a servi de monnaie pendant des millénaires sans être garanti par personne, juste parce qu’il était rare et désiré. Les cigarettes ont fait monnaie dans les camps. À noter que la rareté des monnaies fiat, elle, n’est garantie par rien - juste par la discipline de la banque centrale, qui peut imprimer à volonté.
Le BTC, dans un monde sans fiat, ce serait pareil : sa valeur viendrait de sa rareté programmée et du fait que les gens l’acceptent en échange. C’est circulaire. Comme l’euro : il vaut parce qu’on l’accepte, et on l’accepte parce qu’il vaut. Tu exiges du Bitcoin un adossement que la monnaie fiat n’a pas.
Cela dit, aujourd’hui, le fiat a un truc que le BTC n’a pas : sa demande est en partie garantie parce que l’État t’oblige à payer tes impôts en euros.
Dans le scénario dont vous parlez, un monde sans fiat, cet argument tombe : si l’euro n’existe plus, l’État ne taxe plus en euros. Il taxera dans ce qui circule. Et si ce qui circule, c’est du BTC ou une monnaie adossée au BTC, alors c’est le BTC qui hérite de ce plancher fiscal. Le mécanisme n’a jamais appartenu au fiat en propre : ce qui ancre une monnaie, ce n’est pas sa nature, c’est qu’un État en exige la détention pour l’impôt.