Commentaires : Séisme dans la crypto ? Sans agrément européen, Binance risque de devoir restreindre fortement ses services en France dès le 1er juillet

Depuis 1971 et la fin de l’étalon-or, aucune monnaie n’est adossée à quoi que ce soit. Le dollar n’est convertible en rien. Un euro vaut un euro parce que l’État l’impose comme cours légal, exige tes impôts dans cette monnaie, et que tout le monde l’accepte par convention. C’est tout. Sa valeur, c’est de la confiance et de la contrainte, pas un stock d’or dans un coffre.

Une monnaie a besoin de propriétés : rareté, divisibilité, acceptation collective. L’or a servi de monnaie pendant des millénaires sans être garanti par personne, juste parce qu’il était rare et désiré. Les cigarettes ont fait monnaie dans les camps. À noter que la rareté des monnaies fiat, elle, n’est garantie par rien - juste par la discipline de la banque centrale, qui peut imprimer à volonté.

Le BTC, dans un monde sans fiat, ce serait pareil : sa valeur viendrait de sa rareté programmée et du fait que les gens l’acceptent en échange. C’est circulaire. Comme l’euro : il vaut parce qu’on l’accepte, et on l’accepte parce qu’il vaut. Tu exiges du Bitcoin un adossement que la monnaie fiat n’a pas.

Cela dit, aujourd’hui, le fiat a un truc que le BTC n’a pas : sa demande est en partie garantie parce que l’État t’oblige à payer tes impôts en euros.

Dans le scénario dont vous parlez, un monde sans fiat, cet argument tombe : si l’euro n’existe plus, l’État ne taxe plus en euros. Il taxera dans ce qui circule. Et si ce qui circule, c’est du BTC ou une monnaie adossée au BTC, alors c’est le BTC qui hérite de ce plancher fiscal. Le mécanisme n’a jamais appartenu au fiat en propre : ce qui ancre une monnaie, ce n’est pas sa nature, c’est qu’un État en exige la détention pour l’impôt.

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Et tu ne réponds toujours pas à la question pourtant simple : qu’est-ce qui déterminera la valeur du BTC ou autre crypto qui deviendrait la norme ?

Puisque la question est ‹ simple ›, faisons une réponse d’une simplicité biblique : ce qui déterminera la valeur du BTC dans un monde sans fiat, c’est exactement la même chose qui détermine la valeur de n’importe quel bien sur cette planète depuis la nuit des temps : l’utilité, la rareté, et le consensus collectif.

si l’euro disparaît (je ne crois pas pour demain, mais SI…), si un boulanger accepte mes fractions de BTC pour me donner du pain, c’est parce qu’il sait qu’il pourra lui-même les réutiliser pour payer son meunier, son électricité, ou n’importe quel autre bien. La valeur ne descend pas du ciel avec un décret présidentiel, elle naît du besoin d’un outil d’échange fiable qu’on ne peut pas imprimer magiquement à l’infini pour diluer le travail des gens.

il n’y a pas de ‹ chef › caché derrière le Bitcoin pour décider du prix officiel le matin. C’est une convention sociale numérique, rare et infalsifiable. Après, si le concept de confiance décentralisée te semble zarbi… il nous restera toujours le troc de patates et tomates du jardin, ça marche très bien aussi !

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Je suis ouvrier qualifié grâce à un bac pro obtenu à l’AFPA, et je travaille en 5/8.
Pendant 5 ans avant d’obtenir ce poste y’a 15 ans j’ai travaillé en intérim (manpower, qui payaient un intéressement eux aussi, au passage…).
Cela fait 10 ans que je mets de côté de quoi me faire un apport pour obtenir un crédit immobilier (seul « patrimoine » qui compte à mes yeux).
Et là, dans une 20 mn, je pars au travail pour embaucher à 5h.
Mais vas-y, traite moi de privilégié si ça te chante :face_with_hand_over_mouth:

+1 pour ça.

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Sous l’Ancien Régime, les privilèges n’étaient pas que l’affaire de la noblesse et du clergé. Le tiers état en était truffé : les corporations, les jurandes, les maîtrises réservaient l’accès à un métier, protégeaient certains et excluaient les autres. Un compagnon qui se cassait le dos douze heures par jour pouvait parfaitement détenir un privilège de corporation - sa peine ne l’annulait pas. Le privilège n’a jamais rien dit de la fatigue qu’on se donne. Il dit juste qu’on a un droit que d’autres, à effort égal, n’ont pas.

Ton intéressement, ton PER, ton actionnariat salarié : c’est exactement ça. Un droit attaché à ta boîte, ta branche, ta taille d’entreprise - que la même position ailleurs te refuserait. 90 % de couverture dans les grandes maisons, 1 sur 5 dans les petites : c’est une géographie de droits inégaux. Un privilège corporatif au sens strict de 1789.

Un cadre qui fait 50h, un gars en 5/8, un informaticien de startup qui ne tient que par le crédit d’impôt et les primes à l’innovation, une femme de ménage, un soignant en EHPAD, un barman, un comptable qui enchaîne les rush. Tout ça a un nom : le prolétariat. Aucun de nous ne vit de la rente, on vend tous notre force de travail.

Mais dans le prolétariat, on n’est pas tous à la même enseigne. Et ce serait bien de le reconnaître et le reconnaître n’est pas se trahir. Tu manies une rhétorique de gauche : alors tu comprends d’où je sors mon point de vue, et qu’il n’a aucune vocation à dénigrer.

J’insiste une dernière fois, parce que c’est ce qui m’a fait intervenir : l’investissement en bourse n’est pas un truc de rentier. C’est un moteur du financement en fonds propres de l’économie - l’apport en capital qui permet aux entreprises de se lancer et de grandir, l’autre pilier à côté du crédit. Des rentiers utilisent ce levier, oui, mais pas qu’eux. Un rentier, pour moi, c’est quelqu’un qui peut vivre du rendement de son capital jusqu’à la fin, sans travailler. Moi, j’ai mis des années à comprendre que ma seule porte de sortie pour espérer un complément de retraite, c’est l’investissement sur PEA/CTO. C’est l’exact inverse d’une rente : c’est du travail qui essaie de se construire un filet.

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C’est qu’on s’est mal compris alors.

D’une part à la base la discussion était sur la crypto et sur son intérêt réel par rapport à tout ce que certaines personnes tentent de nous faire croire comme la libération d’un système monétaire pensé par et pour les vrais rentiers de ce monde, et qui ont bien entendu pris le train de la crypto en marche dès qu’ils ont compris les bénéfices qu’ils pourraient en tirer, et qui d’une certaine façon maintenant en contrôlent la locomotive.

Je n’ai absolument aucun problème avec les gens comme toi qui essayent de s’en sortir peu importe si c’est en essayant (et de ce que j’en comprends avec succès) de « boursicoter » à leur échelle, sachant que ce sont les premières victimes lors des crises (le nombre de personnes ayant perdu tout aux USA avec leur système de retraite par capitalisation, dont les pertes elles, ne sont jamais mutualisées « bizarrement », en est l’exemple typique), mais en ce qui me concerne, je n’ai ni le temps ni l’envie de surveiller le fruit de mes efforts au travail, que j’aurais placé dans ce système qui ne me plaît de toute façon pas.

La « roulette rentière », tu l’as pris pour toi, mais mon but n’était pas de dénigrer des « petits porteurs » comme toi, juste d’illustrer le caractère incontrôlables d’une économie qui n’a plus rien de logique (la capitalisation de spacex en est la dernière illustration) et dans lequel je n’ai aucune confiance pour placer l’argent que j’ai gagné de mes mains.

Bref, vraiment désolé si je t’ai heurté.

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Pas besoin de t’excuser. Une discussion menée dans les règles, sans insulte, juste pour confronter des idées, c’est bien.

Je pense qu’on se rejoint pas mal. Sur la question de la rente : dans le petit système politique interne post-URSS que je me suis construit pour faire le citoyen, la rente est un vrai problème, complètement laissé de côté par une gauche qui peine à se donner une noblesse au XXIe siècle, alors que c’est pourtant un combat fédérateur, du cadre à l’auxiliaire de vie en CDD.

Sur l’économie devenue illogique, là je te rejoins totalement. La valorisation d’une boîte spatiale qui pèse des centaines de milliards en partie sur des promesses, ça me laisse aussi dubitatif que toi. C’est le symptôme d’un capitalisme qui a décroché du réel, où le prix d’un actif ne dit plus grand-chose de ce qu’il produit. A voir comment cela va finir.

Personnellement, je pense que la sortie n’est pas dans la course au volume et à la spéculation infinie, mais dans une économie qui cesse de faire du PIB et de la valorisation boursière sa seule boussole. En attendant, c’est la jungle.

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