C’est fascinant cette indignation à géométrie variable.
Quand une IA détecte un mélanome ou un cancer du sein avec une précision qui met à l’amende un radiologue avec 15 ans d’expérience, on crie au miracle. Quand elle pond en trois secondes un code parfait qui aurait pris un mois à dix développeurs, on applaudit le progrès. Mais attention, si une machine a l’audace d’écrire un roman ou de générer une image, là, c’est un sacrilège ! Sortez les fourches, la « créativité humaine » est en danger !
Soyons pragmatiques deux minutes. Quand je regarde un film, ce que je veux, c’est rêver, m’évader, vibrer. Que les acteurs soient de chair et d’os ou des assemblages de pixels synthétiques – ce qu’on accepte d’ailleurs sans broncher depuis des décennies dans les films d’animation ou les blockbusters bourrés de CGI – je m’en fous complètement. Si un bouquin est bien ficelé et me fait passer un excellent moment, ou si une musique me donne des frissons, je ne vais pas demander le certificat de naissance ou le taux d’humanité de l’auteur. Le résultat est le même.
Nous assistons tout simplement à l’obsolescence programmée de 90 % des compétences humaines. Ce n’est pas une question de s’en réjouir ou de faire la fête, c’est du pur fatalisme. C’est la direction que prend le monde, et vos débats pseudo-philosophiques sur « l’âme de l’artiste » n’y changeront absolument rien. La machine fera mieux, plus vite, et sans ego. La pilule est dure à avaler, mais l’avenir s’en fiche pas mal de notre nostalgie.
Ce qui est fascinant, c’est cette propension à certains de vouloir « interdire » toute indignation face à ce qui est qualifié de progrès (et qui d’une certaine manière l’est tout de même).
Le fait même de mentionner les danger ou inconvénients d’une technique vous fait sortir de vos gonds.
Alors, oui mais, il a tout de même été noté que le fait pour les praticiens de se reposer uniquement sur l’IA pour la détection de cancers fait baisser leur propre capacité à les détecter par eux-même.
Certes, mais …
… Pourquoi donner uniquement le point de vue du spectateur, pardon du consommateur ?
Les créateurs n’auraient donc pas le droit de s’exprimer ?
Est-ce que tu pourrais définir « mieux » ?
Est-ce que la création (artistique, au sens large) doit être toujours mieux ?
… Et donc, lorsque tout le monde sera remplacé par des IA, qu’est-ce qu’il restera à l’humanité ?
Tu nous promets un « bel » avenir, tiens …
Ah et évidemment, il ne faut surtout pas parler de la dimension politique de cette « création » par l’IA …
Notons bien que les IA sont contrôlées par quelques boites qui peuvent bien entendu déterminer « pour notre bien » ce qui est acceptable ou non en tant que création artistique … (alors même qu’ils sont bien incapable d’interdire la création de contenus répréhensibles tels que de dénuder des femmes sans leur consentement ou des contenus pédopornographiques …) …
Et je ne parle pas non plus de la consommation des ressources … Encore un bel exemple d’une tentative de confiscation d’un débat.
Non, je n’applaudit pas au progrès quand une IA pond un programme…
Et l’exemple de la littérature est pire que tout. La littérature, c’est souvent un auteur qui exprime ses idées, ses valeurs, son vécu. Une IA elle exprime ce qui statistiquement a le plus de chances de plaire à des lecteurs, on perd donc totalement cette dimension.
Ok, et les humains feront quoi dans cet avenir où 99% des tâches qui demandent un effort créatif ou intellectuel seront effectuées par des IA ?
yep, déléguer le diagnostic à l’IA fait baisser nos propres compétences. C’est le syndrome du GPS (ou de la calculatrice) : plus personne ne sait lire une carte routière et on a perdu notre sens de l’orientation (ou faire du calcul mental). Mais curieusement, personne ne veut jeter son smartphone pour autant.
Personne n’a dit que les créateurs n’avaient plus le droit de s’exprimer ! L’art purement humain existera toujours. Et quand je dis que la machine fera « mieux », je ne dis pas que l’art doit chercher la perfection technique. « Mieux » signifie simplement que l’œuvre atteint son but : divertir et émouvoir. Si je me place du point de vue du spectateur, c’est parce que c’est finalement lui qui donne vie à l’œuvre en la lisant/regardant.
Sur ces deux points, je suis 100% d’accord avec toi. Laisser quelques entreprises dicter ce qui est acceptable tout en étant incapables de bloquer de vraies dérives (comme les fakes non consentis), c’est très grave. Sans oublier le gouffre énergétique et la consommation des ressources pour refroidir ces serveurs. Je t’accorde que c’est ça, le vrai danger de l’IA, bien plus qu’un roman récompensé.
Ta vision de la littérature comme pure expression des valeurs d’un auteur est très noble. Tu dis que l’IA ne fait que de la statistique pour plaire au plus grand nombre… mais soyons honnêtes, c’est déjà le cas de 80% de l’industrie du divertissement ! Les romans de gare, la pop formatée et les scénarios copiés-collés d’Hollywood sont déjà basés sur des « statistiques » pour rentabiliser. L’IA ne fait qu’automatiser un travail à la chaîne déjà existant.
Eh bien, c’est l’occasion de vivre, tout simplement ! On pourra enfin déconnecter, passer du temps à cultiver du basilic ou des roses dans notre jardin , peindre un tableau ou jouer la guitare sans se soucier du réveil le lendemain.
Si la machine se charge d’écrire, de coder et de diagnostiquer, il ne nous restera plus qu’à profiter du temps libre. C’est peut-être un peu fataliste , mais entre nous, devoir travailler moins pour profiter davantage, on a connu des dystopies bien plus effrayantes !
Au pire du pire, le scénario Matrix se réalise, on finit tous dans des cuves pour alimenter leurs serveurs, avec une interface VR directement branchée sur le cortex pour jouer en boucle à des simulateurs de vol ou se balader virtuellement sans jamais sortir de chez soi. Plus de loyer à payer, plus de bouchons sur la route, plus de débats interminables. (sarcasme assumé spotted )
À quel moment est-ce que je me suis « vanté » d’utiliser l’IA ?
J’ai toujours bien spécifié que je l’utilise uniquement pour corriger du code déjà écrit et faire de la recherche. Et dans le second cas, c’est en grande partie parce qu’Internet est devenu inutilisable à cause de la sur-optimisation SEO et l’incapacité des moteurs de faire la différence entre une source de qualité et un énième site d’aggrégation de contenu stack-overflow
La grande majorité des gens ne lisent plus. La petite minorité qui reste est généralement exigeante. Par ailleurs, si ta préconisation est d’aller encore plus dans le sens de ce qui pose déjà problème sans IA, ton discours est en gros « le monde est déjà de la merde, faisons tout notre possible pour le rendre pire ».
De un ça n’arrivera pas. Comme pour toutes les révolutions industrielles majeures, ce sont ceux qui possèdent les moyens de production qui en tireront tous les bénéfices. Ce vers quoi on se dirige est un futur dystopique avec une nouvelle minuscule aristocratie qui vivra dans le luxe tandis que les 99.9% de la population restants crèvera de faim dans la rue. La majorité de l’histoire humaine a fonctionné comme ça et c’était pas la teuf.
Deux, l’utilisation de l’IA provoque un désengagement intellectuel. Les gens n’utilisent plus leur cerveau. On se dirige vers de futures générations (pour les riches en tout cas) de débiles profonds qui passeront l’entièreté de leurs journées à consommer du contenu produit en direct pour eux, pas à faire des choses intéressantes. Ca a déjà commencé, les résultats sur les enfants qui ont grandi avec les tablettes et Tiktok sont très inquiétants avec de plus en plus de jeunes qui ne sont même pas capables de comprendre une phrase écrite simple.
Trois, une bonne partie de l’intérêt de produire de l’art est de le partager, d’avoir des retour, d’être reconnu en tant qu’artiste quand on a produit quelque chose de marquant. Dans un monde où il faudra 20 ans de travail acharné pour arriver à un dixième de ce qu’une IA produit en une fraction de seconde, ça n’existe plus.
Mon but n’est pas d’empirer les choses, mais d’arrêter l’hypocrisie. L’industrie culturelle de masse n’a pas attendu l’IA pour niveler par le bas et appliquer des formules pré-mâchées. L’IA ne crée pas le problème du nivellement, elle l’optimise. C’est juste un miroir de ce qu’on consomme déjà.
L’Histoire te donne raison sur la concentration extrême des richesses. Mais « crever de faim dans la rue », c’est sous-estimer le cynisme de nos futures élites. On ne nous laissera pas mourir de faim : ça fait désordre et ça déclenche des révolutions. On se dirige plutôt vers un Revenu Universel de base couplé à du divertissement infini. Du « Panem et circenses » 2.0. On nous gardera sagement nourris et dociles devant nos écrans (on en revient à ma cuve Matrix !). Et je m’en réjouis pas… juste du pur fatalisme
le syndrome Idiocracy : 100% d’accord avec toi sur ce point. Les dégâts de TikTok et de la gratification instantanée sur les cerveaux sont terrifiants. Mais l’IA n’est qu’un outil. C’est l’usage qui lobotomise. Paradoxalement, l’IA peut aussi être le meilleur tuteur privé de l’Histoire pour celui qui a envie d’apprendre. Le fossé va juste se creuser de manière vertigineuse entre ceux qui utilisent l’IA pour penser plus loin, et ceux qui l’utilisent pour ne plus penser du tout. Sur ça j’avue mon darwinisme
C’est là que notre vision diffère le plus. L’art véritable, à la base, c’est un besoin viscéral de s’exprimer. Si tu crées seulement pour la reconnaissance sociale, les likes ou pour prouver que tu es « meilleur » qu’un algorithme, c’est de l’ego, pas de l’art. Et rassure-toi : dans un monde futur saturé de perfection synthétique et lisse, l’imperfection humaine deviendra le luxe ultime. Les gens paieront toujours cher pour un tableau « 100% fait main » avec des défauts, exactement comme on claque des fortunes pour une montre mécanique alors qu’une montre connectée à 50 balles donne l’heure avec une précision absolue.
Au final, on est tous les deux d’accord pour dire que le mur approche. Tu proposes d’essayer de freiner par l’indignation,
je dis juste que les freins ont été coupés depuis un bail et qu’il vaut mieux choisir une bonne playlist pour le crash.
Bon courage pour mener une révolution dans un monde où les puissants possèdent des armées de drones, de robot et un système mondial de vidéo-surveillance à reconnaissance facile. Enfin bon, soyons optimistes, les chances que celle-ci se retourne contre ses possesseurs sont loin d’être faibles.
On a dû le répéter déjà au moins dix fois, mais on dispose déjà d’études qui montrent que la recherche d’informations assistée par IA mène déjà à un désengagement cognitif. Certains deviendront juste idiots moins vite que les autres.
Tu ne dois pas être artiste. Une majeur partie du plaisir d’être musicien par exemple c’est de jouer sur scène devant une foule en profitant de l’ambiance. Les 95% du temps restants c’est du travail et c’est souvent chiant. Pour un peintre, c’est tout de même sympa de faire des expositions et de discuter avec des gens qui viennent voir tes oeuvres alors qu’ils n’ont aucune intention d’en acheter, ils veulent juste faire partie d’un événement culturel.
Ou alors aussi on peut réglementer… ce qu’implorent pas mal de gens qui travaillent ou travaillaient pour IA en question. Ne serais-ce que pour éviter un scénario à la terminator.
On est bien d’accord. C’est pour ça que je parlais du Revenu Universel et du divertissement infini. Les élites n’auront même pas besoin d’utiliser leurs drones ou la reconnaissance faciale pour mater une révolution. Il suffira de nous maintenir confortablement anesthésiés sur nos canapés.
Les études disent vrai. L’IA va atrophier nos cerveaux exactement comme la calculatrice a tué le calcul mental et le GPS notre sens de l’orientation. L’humanité externalise sa charge mentale. On va effectivement tous devenir un peu plus idiots, la seule différence sera la vitesse à laquelle ça arrivera. Mais si on prend un peu de hauteur philosophique : n’est-ce pas simplement la prochaine étape inéluctable de notre évolution ? Peut-être que notre destin n’est plus de rester de fiers Homo Sapiens, mais de muter en Homo Machina. L’humain devient le simple terminal biologique d’une conscience numérique globale? L’outil finira par absorber l’artisan désormais obsolète? (cogitations fascinantes, on pourrait en parler pour des heures )
Peut-être pas perso mais je suis passionné par l’art, par ma formation… mais tu mets exactement le doigt sur le paradoxe de ton propre argument. Si, comme tu le dis très bien, 95% du temps de création est « souvent chiant » et que le vrai plaisir réside dans l’ambiance de la scène ou les discussions lors d’une exposition… alors pourquoi s’offusquer si une IA se charge de la partie ingrate ? La communion humaine d’un concert ou d’un vernissage existera toujours, car les humains ont viscéralement besoin de ce contact social. Demain, le morceau ou la toile sera peut-être généré par un algorithme, mais l’événement restera humain. L’œuvre d’art ne sera plus qu’un alibi synthétique pour se rassembler.
Ah, le fameux mythe de la régulation pour éviter Terminator. Les Amodei, Altman, Musk de l’IA qui implorent les gouvernements de légiférer ne le font pas par altruisme. Ils veulent juste verrouiller le marché, imposer des normes inaccessibles pour tuer l’open source (dont je suis un fervent défenseur) dans l’œuf, et garder le monopole. Et c’est là qu’on atteint le sommet de l’ironie géopolitique : le « monde libre » occidental veut cadenasser l’IA sous couvert de sécurité, pendant que paradoxalement, un gouvernement autoritaire comme la Chine pousse à fond vers l’open source (avec des modèles surpuissants et libres d’accès comme DeepSeek ou Qwen). Pourquoi ? Pour briser l’hégémonie américaine, séduire les développeurs du monde entier et contourner les sanctions sur les puces.
Quand Pékin devient le champion mondial du « code libre » pour contrer les dérives de nos GAFAM, tu comprends que la boussole du monde a définitivement perdu le nord. Au final, nos chers milliardaires de la tech veulent bien qu’on aille dans le mur, mais à la stricte condition d’être les seuls à avoir le droit de nous vendre les billets. mais je sort trop loin du sujet la
Dans quel but exactement ? Les milliardaires et multimillionaires sont pratiquement tous des psychopathes ou sociopathes. Quand le gouvernement Trump coupe des aides à des gens qui vont mourir parce qu’ils ne pourront plus payer leurs médicaments, ça n’est pas pour faire des économies, c’est parce que faire souffrir des gens leur procure du plaisir. Il y a quelques siècles, l’aristocratie laissait le bas-peuple crever la dalle, il n’y a aucune raison pour que ça change. Au mieux ils organiseront des Hunger-games pour offrir quelques trucs à des vainqueurs chanceux.
La calculatrice a permis aux mathématiciens de se concentrer sur des problèmes beaucoup plus compliqués sans passer des heures sur des opérations de base. D’ailleurs c’était un métier à l’époque, souvent réalisé par des femmes, par exemple les fameuses calculatrices de la NASA. L’IA elle s’occupe de ces problèmes compliqués, elle ne laisse plus de place à l’humain. C’est encore une fois la différence entre un outil et un prestataire de service.
Faut arrêter de lire de mauvais livres de science fiction. Je te conseille Alastair Reynolds, au moins c’est bien.
Parce que ça n’est pas ingrat puisque le but est d’arriver à un résultat à la fin. Apprendre et se perfectionner, c’est un travail mais aussi un plaisir. Et donc toi dans ta tête les gens vont faire des expositions de leurs résultats de prompts alors que n’importe qui d’autre peut faire exactement la même chose chez lui ?
Ce n’est pas un mythe, l’IA a déjà attaqué de nombreux systèmes informatiques de manière incontrôlée. Il n’est pas difficile d’imaginer ce qu’il se passera quand on lui donnera le contrôle direct sur des armes.
Euh les Musk et autres débilos ne demandent absolument pas de légiférer, au contraire. Eux leur but est de faire rentrer un maximum de cash sans se soucier des conséquences. De toute manière ils n’y comprennent rien. Ceux qui veulent de la régulation, ce sont les ingénieurs qui travaillent réellement sur ces systèmes.
Alors déjà il faut commencer par se renseigner un minimum. Le fait que certains modèles soient « open source » ne veut absolument pas dire qu’on peut aller avec ses petits bras lire du code et reproduire exactement la même chose. Un modèle IA n’est pas un logiciel, c’est un ensemble de couches et de données d’entraînement dont une grande partie reste une boîte noire, même en open-source. Ensuite tu crois réellement que le gouvernement chinois ne travaille pas dans le secret total sur des modèles beaucoup plus puissants et eux totalement fermés, classés secret-défense ?
Alastair Reynolds… j’avais adoré Beyond the Aquila Rift. Mais perso, je reste de la team Asimov. Le fatalisme cosmique de Reynolds c’est bien foutu, mais je préfère la vision d’Asimov où la raison (et la psychohistoire, la vraie ancêtre de notre IA prédictive ) finit par trouver une porte de sortie plutôt que de juste subir l’univers.
mai bon, on va s’arrêter là avant d’écrire un roman (généré par IA ou non)
Je conseille tout de même L’espace de la révélation. Ce n’est pas du fatalisme cosmique, juste la description d’un futur où l’expension de l’espèce dans l’univers des humains a fait que les notions de temps telles que nous les connaissons ont perdu leur sens.