Il faut arrêter de prendre le tiers monde comme example pour justifier un truc stupide chez nous. On pourrait appliquer le même raisonnement sur des tas de sujets : en Somalie il y a énormément de bandes de criminels qui sévissent donc il faudrait tous s’armer et barricader nos habitations.
La simple vérité est que chez nous le Bitcoin n’est qu’un objet de spéculation et comme tous les objets de spéculation, il ne fait que nuire à l’économie, faisant reposer celle-ci sur des paris plutôt que sur la production et vente de biens et services.
Comme à ton habitude, tu es redoutable en rhétorique.
Le mot « censure » n’est pas dans le white paper, je te l’accorde - c’est une spec technique, pas un tract politique.
L’intention, elle, est documentée ailleurs et noir sur blanc : le message gravé dans le bloc genesis (« Chancellor on brink of second bailout for banks »), les écrits de Satoshi sur la confiance qu’exige le fiat, et la filiation cypherpunk assumée (b-money et Hashcash cités en référence).
La résistance à la censure n’est pas un récit greffé après coup : c’est le contexte de naissance de BTC, post-2008.
J’ai simplement posté pour remettre Bitcoin à sa juste place. Les commentaires sur la mainmise de Wall Street, la spéculation court terme, MicroStrategy qui vend - tout ça est juste, et je ne le conteste pas une seconde. Mais ça décrit le marché, pas le protocole. Et c’est précisément la confusion que je voulais lever : on peut critiquer le prix, les institutionnels, le casino spéculatif autant qu’on veut, sans que ça change d’un iota ce que Bitcoin est au niveau du code.
Personne ne prétend qu’on vit en Somalie. Garder une réserve en cas de crise, c’est exactement la logique de l’or : certains mettent de côté en or, d’autres en Bitcoin - même idée, avoir quelque chose hors du système si ça tangue. Les banques centrales elles-mêmes détiennent de l’or pour ça, et on ne les traite pas de paranos.
Et le risque n’a rien d’un fantasme du tiers-monde : en 2008 on a sauvé les banques avec l’argent public, et à Chypre en 2013 - en pleine zone euro - on a ponctionné les gros déposants (au-delà de 100 000 €) pour renflouer le système. La prochaine fois, c’est garanti que ça se passe bien ?
Euh merci, toi aussi (blague sincère hein pas de moquerie)
Avoue qu’en ne voulant pas mélanger tu mélanges un peu. Mais maintenant que c’est clarifié on peut être d’accord que d’un point de vue purement technique le bitcoin n’est pas un truc anti censure ou quoique ce soit, ce n’est pas le sujet puisque technique
Ensuite le whitepaper est déjà en partie politique, je ne vois pas dans quel autre domaine mettre la notion de confiance, qui présuppose l’interpersonnalité et la communauté (pour avoir un tier de confiance, il faut être trois).
En tout cas merci pour l’échange instruis et instructif, je retourne bosser have fun les gens !
Absolument pas. Un objet de pure spéculation n’est pas une réserve. L’or est une matière tangible avec une valeur intrinsèque, le Bitcoin est un bien virtuel avec une valeur intrinsèque nulle. Si tu veux « garder une réserve en cas de crise », investis dans l’immobilier comme une personne normale.
Tiens peut être que tu peux m’aider, j’ai toujours eu des doutes sur la signification, il me semble ne jamais avoir vu d’exégèse de la citation par l’auteur lui même et l’interprétation que tu donnes me semble avant tout être bien pratique parce que « ça valide ». Bref, j’ai l’impression qu’on a mis en route la machine à tirer du profit symbolique et qu’on l’a faite tourner à fond la caisse.
Sur un blog j’ai même trouvé l’interprétation que les 6 jours séparant le 2nd bloc était une référence à la Genèse chrétienne. Satoshi serait Dieu. Bref, on y voit bien ce qu’on veut.
Ou alors c’était juste pour graver la date avec le titre d’une publication ultra connue.
J’avoue que je ne peux pas trop aider Hanandano.
Je vais être clair : je ne fais pas dans l’exégèse de Satoshi. Le « Satoshi = Dieu », les 6 jours, le roi lézard - tout ça me passe au-dessus de la tête. J’avoue que tu m’apprends qu’il y avait des fanatiques comme cela aujourd’hui. (En même temps il y a Saylor. Ça explique un peu le délire de certains du coup) Ce qui m’intéresse chez lui, c’est ce qu’il a fait : la blockchain. Le reste…
Donc sur le bloc genesis, je te l’accorde entièrement : c’est de l’horodatage. Je n’y lis rien de plus et je ne vais pas t’inventer une symbolique.
Mais l’intention, Satoshi l’a écrite lui-même, explicitement, dans son post de présentation sur la P2P Foundation (11 février 2009). Il y dit que le problème de fond de la monnaie classique, c’est toute la confiance qu’elle exige : la banque centrale qu’on doit croire pour ne pas débaser, les banques qui prêtent en réserve fractionnaire dans des bulles de crédit. C’est lui (ou eux, peu importe) qui le pose comme la raison d’être du système.
Et le cadre cypherpunk n’a rien de mystique : c’est l’histoire des développeurs en crypto qui, avant Satoshi (b-money de Wei Dai, Hashcash d’Adam Back - les deux cités dans son paper) comme après, cherchent à ne pas être les dindons de la farce de la surveillance et du contrôle numérique.
Ce qui compte de mon point de vue, c’est ce qu’il a construit et ce qu’il a dit lui-même de pourquoi.
Pour finir, sur un plan plus personnel : mon intérêt pour Bitcoin tient surtout à une vieille méfiance envers les dérives du corporatisme et de la concentration du pouvoir - une sensibilité que j’ai attrapée ado en lisant William Gibson, Sterling et consorts. Le cyberpunk avant le cypherpunk, en somme
C’est exact si votre unique moyen d’échange est la monnaie fiduciaire. Dans le cas où cette monnaie légale perd la confiance de la population (en cas d’hyperinflation, par exemple), les gens se tourneront vers un autre moyen d’échange. Dans le scénario hypothétique où la population accorderait sa confiance au Bitcoin, les utilisateurs pourraient effectuer des transactions de portefeuille à portefeuille (wallet à wallet) sans qu’aucune autorité ne puisse entraver l’échange. Cela s’applique au marché noir ou gris, mais aussi aux citoyens honnêtes qui pourront déclarer leurs revenus sur la base du cours du Bitcoin au moment de la transaction. C’est d’ailleurs une pratique qui existe déjà.
Aujourd’hui, en Europe occidentale, nous vivons dans des pays où l’État de droit est encore respecté. Malheureusement, les extrêmes occupent de plus en plus le devant de la scène et la démocratie reste un équilibre fragile. En cas d’hyperinflation due à une fragilité de nos économies, ou en cas de basculement politique, il sera intéressant de ne pas dépendre de réseaux contrôlés par l’État pour échanger des biens et des services. Le risque n’est pas nul.
Ah on a enfin trouvé l’homme qui mettra Paris en bouteille. ^^
Le volume et la masse de présupposés et d’implicites feraient s’effondrer d’effroi une paire de chevaux de trait. Mais le risque n’est pas nul en effet.