Les assistants IA peuvent désormais préparer nos repas, remplir un calendrier et chercher dans nos documents. Mais mes essais avec Siri AI et Alexa+ montrent que le temps gagné dépend encore beaucoup du travail qu’ils nous laissent après leur réponse.
Ou comment glorifier l’abrutissement en utilisant de moins en moins son cerveau, avec des effets délétères connus. Au quotidien, sans s’en rendre compte, même le plus basique des individus utilise son cerveau en permanence pour des petites tâches, sans y penser. Et c’est un bienfait de le faire le plus possible.
Trouver que préparer un repas est une corvée, lorsqu’on en a la capacité physique et mentale, alors que se nourrir fait partie des 3 seuls besoins vitaux (manger, boire, dormir), est quelque chose qui m’échappe. Je passe en moyenne 2h par jour à cuisiner, avec plaisir. Il est primordial de connaître le carburant qu’on donne à son corps, car une mauvaise alimentation (comprenez par là une alimentation pas assez variée et équilibrée), est la première cause de mortalité dans le monde, selon l’étude publiée une première fois en 2017 dans The Lancet puis réactualisée. Bien sûr, à l’hôpital on vous dit « mort d’une crise cardiaque » ou « mort d’un cancer du pancréas ». Mais grâce aux cohortes dans le monde, comme celle dont je fais partie, les chercheurs peuvent établir clairement des liens de cause à effet entre les habitudes d’alimentation et les maladies. Et mal manger tue lentement, mais surement. Pas assez de fibres, de fruits et légumes, trop de graisses, de viande, de sel et de sucre (on ne devrait jamais en consommer, tous les aliments en contiennent déjà suffisamment), de l’alcool (dont les effets néfastes sont avérés dès le premier verre), pas assez de variété, pas assez de mastication, tout cela est néfaste sur le long terme. Mais s’intéresser à des gadgets inutiles avant de s’intéresser aux trois besoins primordiaux est l’un des nombreux effets pervers de la société de consommation. Cela rejoint les penseurs qui arguent que l’homme n’est pas adapté aux changements de vie qu’il s’est imposés, privilégiant la superficialité et la virtualité par absence de connaissance et de sens. L’homme serait comme déprimé en permanence, ayant besoin de s’échapper, de loisirs, de distractions, pour supporter sa vie.
Le meilleur moyen de s’abrutir est de déléguer. Le meilleur moyen d’acquérir la paix intérieure et le bien être de l’esprit est de faire travailler sa tête, d’acquérir de la connaissance (du monde réel), tant de penseurs l’ont exprimé au fil des millénaires, seule cette quête conduisant à la liberté (plus on connaît le monde, sa condition, plus on est libre de penser hors de la Matrice, c’est à dire de tout le puissant conditionnement dans lequel nous évoluons depuis la naissance). Que sur un plateau de tournage avec 80 personnes, je délégue certaines tâches à des spécialistes, c’est inévitable, on ne peut tout faire en même temps, et surtout pas le faire bien. Qu’un travail très pénible physiquement puisse être aidé par des machines, c’est un bienfait pour la santé. Par exemple, j’ai refait un plafond en plaques de BA13 120 x 250, seul et sans lève plaques, c’était un enfer, là oui, une machine m’aurait soulagé d’une souffrance inutile et néfaste pour mon corps. Mais en dehors de cas similaires à ceux-ci, dans la vie quotidienne, je ne délégue rien à personne, il n’y en a pas besoin, je fais mes courses, mon ménage, ma cuisine, mon potager, l’entretien et la réparation de tout, l’acquisition quotidienne de connaissance, j’ai besoin de faire travailler ma tête le plus possible, c’est une satisfaction et un gage de sérénité. Les personnes qui prétendent « ne pas avoir le temps » sont des boulimiques d’évasion à la réalité, ce qui cache un problème sous-jacent. Le temps est une notion toute relative, dans le sens ou une vie humaine est ridiculement éphémère si on regarde la vie sur Terre, alors qu’elle semble longue du point de vue d’un jeune humain qui s’imagine avoir un temps d’existence très important devant lui.
Enfin, il est de plus en plus documenté que les maladies neuro-dégénératives qui sont de plus en plus fréquentes, probablement à cause de l’ultra-pollution de tout par nos soins (nourriture, eau, air, sols), sont retardées chez les personnes qui font beaucoup travailler leur cerveau. Plus on fait travailler sa tête, plus le cerveau crée de connexions, ce qui atténue la progression de la maladie (qui elle, détruit les connexions).
J’avoue que je suis de plus en plus sceptique sur tous ces articles de délégation des « corvées » à un agent.
Question bête: que font ces utilisateurs du temps « gagné » grâce à ces agents?
Question subsidiaire: Quel est le revenu que ces utilisateurs génèrent chez les fournisseurs dudit agent?
Je suis tout à fait d’accord avec vous, nous nous enfonçons petit à petit dans une paresse de l’intellect. Par fainéantise? Pour se prouver je ne sais quoi? Pour croire à un gain de pseudo liberté? Bref, je ne dois pas être le coeur de cible de ce type d’article.
Ou peut être que si, pour faire du débat.
Voilà deux excellentes questions.
Le temps « gagné », et la mise entre parenthèses du mot est parfaitement indiquée, est une illusion bien sûr. On ne gagne pas ou on ne perd pas de temps, sauf en terme de langage courant. Le temps s’écoule, point. On ne le rattrape pas, on ne va pas plus vite ou plus lentement que lui. Autrement dit, hors considération biologique, vous vivrez la même durée que vous courriez vite ou que vous marchiez lentement. L’idée de gagner ou de perdre du temps est une construction mentale. Il en va de même pour tous les concepts qui nous conditionnent et qui n’ont absolument aucun fondement dans le réel, puis sont normés au fil des décennies. Par exemple, il semble « normal » (parce-qu’on est conditionné par les normes adoptées au fil de l’évolution, ça nous parait aller de soi, même si ça n’a aucun fondement) de trouver ceci « bien » ou ceci « mal », alors que le concept de Bien et de Mal n’a absolument aucune existence en dehors de nos cerveaux. Une meute de Lycaons qui éventrent et mangent une antilope vivante, est-ce Bien ou Mal ? Une femme qui tue son enfant non désiré, est-ce Bien ou Mal ? Pour qui, au nom de quoi, pourquoi faire (pourquoi vouloir à tout prix remplir des cases) ? La réponse est une construction mentale, qui peut différer d’un individu à l’autre, car il n’y a pas de réponse juste, la Nature s’en moque, elle n’a aucun dessein, aucun plan, aucune volonté, ce n’est pas une entité qui agit avec conscience. Alors nous inventons des réponses qui nous arrangent. Ces constructions mentales sont une défaillance de notre cerveau selon Nietzsche ou Rousseau, nous rendant incapables de vivre dans le réel, le concret. Nous nous sommes inventé des constructions mentales pour appréhender et façonner notre monde, au lieu de vivre pleinement dans notre monde comme le font les autres animaux. Notre perception du temps, qui n’a cessé et n’a de cesse de fasciner, n’y échappe pas.
Les revenus générés sont probablement moindres que lorsqu’un utilisateur ouvre un navigateur espion comme Chrome et se rend sur la page de Google, pour ne prendre qu’un exemple des nombreuses entreprises qui génèrent de l’argent par traçage et revente des habitudes des utilisateurs.