La licence open source la plus utilisée au monde contient une ambiguïté vieille de 18 ans. Il a fallu un fork européen pour la faire exploser.
Pour information, Mozilla a cette clause depuis une dizaine d’années sur leurs produits en AGPLv3. Leurs conditions sont simples: si tu fais un fork d’un produit Mozilla qui garde la totalité des fonctions d’origines, tu dois garder leur logo. Si tu changes le fonctionnement du logiciel, tu ne dois plus utiliser leur logo pour éviter toute confusion avec le logiciel d’origine. L’interprétation d’EO est erronée: si un contrat dit que tu dois afficher une marque sur les produits dérivés et qu’il t’interdit d’utiliser les marques d’OO, il y a:
- Premièrement: Autorisation implicite d’utilisation de la marque pour satisfaire la première clause (en droit il ne peut y avoir de doléance possible sur une autorisation explicite) et
- Deuxièmement: Interdiction d’utiliser la marque pour tous autres motifs que ceux autorisés par la première clause.
L’histoire (et c’est bien cela: une jolie histoire de gentils allemands contre les vilains russes) qu’ils obligent à faire quelque chose d’interdit est de toute façon bancale.
La comparaison avec Mozilla ne fonctionne pas vraiment. La MPL v2 n’impose pas de conserver un logo dans un fork. Elle impose seulement de garder les fichiers sous MPL v2 lorsqu’on les modifie, ce qui est une obligation de copyleft par fichier, pas une obligation d’affichage de marque.
Mozilla a bien une politique de marque, mais elle est séparée de la licence :
- tu peux forker Firefox,
- tu peux modifier le code,
- mais tu dois retirer le nom et le logo “Firefox”, sauf autorisation explicite.
C’est l’inverse exact de ce qu’affirme le commentaire.
Dans le cas d’OnlyOffice, le problème est différent :
- la licence impose d’afficher le logo,
- tout en interdisant d’utiliser la marque, ce qui crée une contradiction interne que la FSF a déjà qualifiée de restriction supplémentaire non conforme à l’esprit de l’AGPL.
L’idée d’une “autorisation implicite” ne correspond pas au droit des marques : une marque s’utilise uniquement avec une autorisation explicite, claire et non contradictoire.
Bref, Mozilla n’est pas un précédent comparable, et le problème d’OnlyOffice vient bien de ses propres conditions incohérentes.
Le logo est l’arbre qui cache la forêt. Car il y a une double hypocrisie.
OnlyOffice d’abord : la licence AGPL donne une apparence de logiciel libre, mais la pratique est differente. Pull requests ignorées, instructions de build cassées, blobs binaires dans le dépôt, commits qui renvoient vers un tracker privé… même LibreOffice les a déjà qualifiés de « fake open source ». Bref : libre sur le papier, propriétaire dans les faits. En tout cas discutable au dela de la performance.
Euro‑Office ensuite : on brandit la souveraineté numérique européenne pour forker un code dont le caractère libre est justement contesté. On dénonce au nom du Libre une base qui ne respecte pas vraiment les standards du Libre, et on produit un fork qui hérite mécaniquement des mêmes zones opaques tant que le code n’est pas nettoyé en profondeur. En attendant, « Made in Europe » reste un autocollant posé sur un moteur OnlyOffice.
Pourquoi ne pas avoir investi cet effort dans LibreOffice / Collabora Online, réellement libres et déjà européens ? Parce que la priorité, c’est la compatibilité MS Office.
Si le code est « toxique » au point de justifier un fork politique, on ne bâtit pas son infrastructure dessus. Et si on bâtit dessus, c’est qu’il n’est pas si toxique que ça. Il faut choisir.
Euro‑Office avait en réalité deux chemins possibles pour bâtir son fork. Miser sur LibreOffice Online ou Collabora Online signifiait entrer dans un écosystème secoué par des tensions internes avec une gouvernance partagée et des négociations inévitables.
À l’inverse, forker OnlyOffice offre une voie juridiquement simple : l’AGPLv3 permet un fork sans permission, et une fois la copie faite, Euro‑Office ne dépend plus ni d’Ascensio System ni d’une fondation tierce. C’est le choix du contrôle total, même si la base technique reste contestée.
OnlyOffice est domicilié en Lettonie, mais le développement présente des liens documentés avec la Russie.
Aucune société russe (ni même de personnes habitant en Russie) sont au capital d’OnlyOffice depuis 2023, l’information peut être vérifié ici (et est consultable sur l’équivalent singapourienne d’Infogreffe) : https://kdrive.infomaniak.com/app/share/660344/11c2e25a-aef0-4cde-a9a3-8f313cffd19d
D’ailleurs, depuis cette même année, le PDG d’OnlyOffice (tout comme ses développeurs) se sont exilés de Russie. NextCloud (et IONOS) trompent leur public en publiant une information à caractère diffamatoire (faisant croire qu’il y a encore de la détention par une société russe chez OnlyOffice) à l’égard d’OnlyOffice sur la page GitHub d’Euro-Office.